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Ce que l'acte doit dire au repreneur

L'explication, dans l'ordre où elle se lit · 23 sections · 838 mots · 5 min

Un fonds acheté 180 000 € peut porter un nantissement inscrit six ans plus tôt. L'acte de cession doit l'énoncer, comme il doit énoncer le chiffre d'affaires des trois derniers exercices et les conditions exactes du bail commercial.

Ce que vous saurez faire

  • Savoir ce qu'un fonds de commerce comprend, et ce qu'il ne comprend pas
  • Vérifier les mentions que l'acte de cession doit porter
  • Anticiper le droit de préemption de la commune et son délai
  • Lire l'état des nantissements avant de fixer un prix

Ce que le fonds emporte, et ce qui reste dehors

Le fonds de commerce réunit des éléments corporels — mobilier, matériel, outillage servant à l'exploitation — et des éléments incorporels : clientèle, nom commercial, enseigne, droit au bail, marques, brevets et licences. La clientèle en est l'élément fondamental.

Définition

Droit au bail — Élément incorporel du fonds qui désigne le bénéfice du bail commercial en cours, avec le droit au renouvellement qui l'accompagne. Il se transmet avec le fonds, et le bailleur ne peut pas l'interdire quand la cession du bail accompagne la vente du fonds.

Certaines choses n'entrent pas d'office. Les dettes de l'entreprise et le local, quand le cédant en est propriétaire, restent hors du périmètre sauf convention contraire. Les parties peuvent les y ajouter, mais elles doivent l'écrire.

Cette frontière décide de la négociation. Un repreneur qui croit acheter un ensemble et découvre que le local restait au vendeur se retrouve locataire d'un bailleur qu'il n'a pas choisi, aux conditions du bail existant.

Reprendre un fonds n'est donc pas reprendre une société. Les parts sociales emportent l'ensemble du patrimoine, actif et passif ; le fonds n'emporte que les éléments d'exploitation énumérés à l'acte. Le choix entre les deux voies gouverne tout le reste.

Cinq mentions que l'acte doit porter

  • L'origine du fonds : identité du prédécesseur, date et prix auxquels le cédant l'a lui-même acquis
  • Le chiffre d'affaires et le résultat d'exploitation des trois exercices précédant la cession
  • L'état des nantissements consentis aux créanciers sur les dix années précédant la vente, ou la mention qu'il n'y en a aucun
  • Les conditions du bail commercial : date, durée, montant du loyer, conditions de renouvellement, identité et adresse du bailleur

La cinquième mention vise la situation personnelle du cédant : l'accord de l'époux est requis lorsque le vendeur est marié sous le régime de la communauté. Son absence fragilise l'acte, et le repreneur n'a aucun moyen de la régulariser seul.

Chiffres clés

Exercices dont le chiffre d'affaires doit figurer à l'acte
3
Années couvertes par l'état des nantissements
10
Délai du maire pour exercer le droit de préemption
2 mois
Délai de déclaration de cessation d'activité après publication
45 jours

L'origine du fonds sert un autre objet que la curiosité. Comparer le prix payé par le cédant à celui qu'il demande fait apparaître une éventuelle plus-value, et cette plus-value pèse sur sa fiscalité comme sur la conduite de la négociation.

Tableau récapitulatif

ÉlémentNatureCompris d'office ?
Clientèle, nom commercial, enseigneIncorporelOui, la clientèle est l'élément fondamental
Droit au bail, marques, brevets, licencesIncorporelOui, sauf stipulation contraire
Mobilier, matériel et outillage d'exploitationCorporelOui
Local en pleine propriété, dettes de l'entrepriseHors périmètreNon, sauf convention expresse

Le chiffre d'affaires et le résultat d'exploitation des trois derniers exercices sont l'ossature de la valorisation. Ils se lisent avec l'origine du fonds : trois exercices en repli après une acquisition récente ne racontent pas la même histoire que trois exercices stables.

L'état des nantissements, lui, ne se lit pas comme une information : il se lit comme une charge. Un fonds nanti reste grevé entre les mains du repreneur si le créancier n'est pas désintéressé sur le prix, d'où l'importance du mécanisme d'opposition.

La commune peut passer devant

Le droit de préemption commercial permet à la commune d'être prioritaire sur l'achat du fonds, pour préserver la diversité de l'activité dans un périmètre délimité par délibération du conseil municipal : un centre-ville, un quartier, parfois quelques rues.

Quand le fonds se trouve dans ce périmètre, le cédant adresse une déclaration préalable à la mairie, portant le prix et les conditions de la cession envisagée. Le maire dispose ensuite de deux mois pour exercer ce droit au profit de la commune.

S'il l'exerce, deux issues sont possibles. La commune et le cédant s'entendent sur un prix, et la vente est conclue avec elle. À défaut d'accord, la procédure se poursuit sans que le repreneur pressenti puisse en préjuger l'issue.

Le repreneur a donc intérêt à poser la question tôt. Savoir si le local se trouve dans un périmètre de sauvegarde du commerce change le calendrier de deux mois, et cette information se demande à la mairie avant toute négociation avancée.

Les erreurs à éviter

  • Croire que la cession du fonds emporte le local ou les dettes, qui restent dehors sauf convention écrite
  • Signer sans état des nantissements, alors que l'acte doit couvrir les dix années précédant la vente
  • Négliger l'accord de l'époux commun en biens, que le repreneur ne peut pas régulariser lui-même
  • Ignorer le périmètre de préemption communal, et découvrir la déclaration préalable après avoir signé un compromis

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