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Céder à un tiers suppose un agrément

L'explication, dans l'ordre où elle se lit · 21 sections · 737 mots · 4 min

Imprimerie Vasseur SARL compte trois associés et 1 000 parts. L'un d'eux veut céder ses 300 parts à un tiers pour 45 000 €. Il a signé une promesse et se croit engagé. La cession à un tiers ne dépend pourtant pas de lui seul. Avant de lire : quelle majorité faut-il, et que se passe-t-il si elle n'est pas réunie ?

Ce que vous saurez faire

  • Retenir la majorité exigée pour agréer une cession à un tiers.
  • Situer la notification préalable et son point de départ.
  • Retenir le délai au terme duquel l'agrément est réputé acquis.
  • Savoir ce qu'un refus d'agrément oblige les associés à faire.
  • Distinguer les cessions libres de celles soumises à agrément.

Une double majorité

L'article L223-14 du code de commerce pose la règle en une phrase : les parts sociales ne peuvent être cédées à des tiers étrangers à la société qu'avec le consentement de la majorité des associés représentant au moins la moitié des parts sociales.

Deux conditions se cumulent donc, et c'est ce que l'on appelle la double majorité. Il faut la majorité des associés en nombre de têtes, et que ces associés représentent au moins la moitié des parts sociales.

Un associé majoritaire en capital ne peut donc pas agréer seul une cession : s'il est seul de son avis parmi trois associés, la majorité en nombre lui manque, quelle que soit sa part du capital.

Le texte réserve enfin la faculté de durcir : à moins que les statuts prévoient une majorité plus forte. Les statuts peuvent donc exiger davantage, jamais moins, et c'est la première chose à vérifier avant de raisonner sur la règle légale.

Définition

Agrément — Le consentement que les associés donnent à l'entrée d'un tiers au capital. Il ne porte pas sur le prix ni sur les modalités de la cession, mais sur la personne du cessionnaire : c'est le mécanisme par lequel une société de personnes contrôle qui la rejoint.

Notifier, puis compter trois mois

La procédure commence par une notification, dont le texte précise l'étendue : lorsque la société comporte plus d'un associé, le projet de cession est notifié à la société et à chacun des associés.

Deux destinataires distincts sont donc visés. La société, en tant que personne morale, et chacun des associés pris individuellement : notifier la seule société ne fait pas courir le délai.

Le silence vaut ensuite acceptation. Si la société n'a pas fait connaître sa décision dans le délai de trois mois à compter de la dernière des notifications prévues, le consentement à la cession est réputé acquis.

Le point de départ mérite attention : c'est la dernière des notifications, non la première. Une notification oubliée à un associé retarde donc le point de départ du délai, et l'agrément tacite avec lui.

Chiffres clés

Majorité exigée pour agréer une cession à un tiers
Majorité des associés représentant au moins la moitié des parts
Délai au terme duquel l'agrément est réputé acquis
3 mois
Point de départ de ce délai
La dernière des notifications
Prix de cession envisagé chez Imprimerie Vasseur SARL
45 000 €

Un refus qui oblige

Le refus d'agrément ne laisse pas le cédant prisonnier de ses parts. Si la société a refusé de consentir à la cession, les associés sont tenus, dans le délai de trois mois à compter de ce refus, d'acquérir ou de faire acquérir les parts.

Le prix n'est pas laissé à leur appréciation. Il est fixé dans les conditions prévues à l'article 1843-4 du code civil, et le texte ajoute que les frais d'expertise sont à la charge de la société.

Le cédant conserve une sortie : sauf s'il renonce à la cession de ses parts. Le mécanisme protège donc la société contre une entrée non désirée, sans transformer le refus en expropriation du cédant.

Le texte prévoit enfin l'issue du silence. Si, à l'expiration du délai imparti, aucune des solutions prévues n'est intervenue, l'associé peut réaliser la cession initialement prévue : le refus non suivi d'effet se retourne contre ceux qui l'ont opposé.

Les erreurs à éviter

  • Ne retenir que la majorité en parts, en oubliant la majorité en nombre d'associés.
  • Notifier le projet à la seule société, sans notifier chacun des associés.
  • Faire courir les trois mois depuis la première notification et non la dernière.
  • Croire qu'un refus d'agrément bloque définitivement le cédant.
  • Supposer que le prix de rachat après refus reste celui convenu avec le tiers.
  • Raisonner sur la majorité légale sans avoir lu les statuts, qui peuvent la durcir.

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