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Ce qui se déclare, avant tout calcul d'impôt

L'explication, dans l'ordre où elle se lit · 19 sections · 807 mots · 4 min

Mme Ferrand laisse un appartement estimé 350 000 €, 95 000 € sur ses comptes, et 17 250 € de dettes et de frais funéraires. Ses deux enfants pensent que la succession porte sur 445 000 €. Elle en porte 467 250 € : personne n'a pensé aux meubles, que la loi évalue d'office à 5 % du reste. Avant de lire : d'où sortent ces 22 250 € que nul n'a inventoriés ?

Ce que vous saurez faire

  • Distinguer l'actif brut successoral, le passif déductible et l'actif net taxable.
  • Savoir à quelle date les comptes du défunt sont arrêtés.
  • Appliquer les trois modes d'évaluation des meubles, et le forfait de 5 % qui s'impose à défaut.
  • Repérer ce qui échappe à l'actif successoral, à commencer par l'assurance vie.
  • Reconstituer un actif net taxable complet à partir d'un patrimoine décrit.

L'impôt ne se calcule pas sur le patrimoine, mais sur sa part nette

Les droits de succession ne frappent ni le patrimoine du défunt pris en bloc, ni ce que chaque héritier croit recevoir. Ils frappent une grandeur construite en trois temps : l'actif brut, moins le passif déductible, égale l'actif net taxable — que l'on partage ensuite entre les héritiers.

L'ordre compte, et c'est la première source d'erreur. Un héritier qui applique son abattement de 100 000 € avant d'avoir déduit les dettes se trompe deux fois : il taxe une somme qu'il ne recevra pas, et il l'impute sur la mauvaise assiette. La séquence officielle est fixée, elle ne se réarrange pas.

Deuxième repère, moins connu : les comptes bancaires du défunt sont arrêtés à la date du décès. Ni au jour où le notaire ouvre le dossier, ni au jour du dépôt de la déclaration. Un compte qui a fondu depuis le décès reste déclaré à sa valeur du jour J.

Définition

Actif net taxable — Total des biens et droits du défunt évalués au jour du décès, diminué des dettes déductibles à sa charge à cette même date. C'est sur cette grandeur, et sur elle seule, que le partage entre héritiers puis les abattements s'appliquent.

Les meubles : trois modes d'évaluation, et un plancher

L'article 764 du code général des impôts ne laisse pas les héritiers estimer les meubles à leur guise. Il impose une hiérarchie de trois modes, dans l'ordre, et chacun ne s'applique que si le précédent est indisponible.

D'abord le prix de vente, lorsque les meubles sont vendus publiquement dans les deux ans du décès. À défaut, l'estimation contenue dans un inventaire dressé en la forme prescrite dans les cinq ans. À défaut encore, la déclaration détaillée et estimative des parties.

C'est ce troisième cas qui réserve la surprise. Le même article pose un plancher : la valeur imposable des meubles meublants ne peut être inférieure à 5 % de l'ensemble des autres valeurs mobilières et immobilières de la succession. La preuve contraire reste ouverte, mais elle se prouve.

Chez Mme Ferrand, les autres valeurs totalisent 445 000 €. Le forfait porte donc les meubles à 22 250 €, alors que personne n'a ouvert un placard. Faire dresser un inventaire coûte quelques centaines d'euros et peut faire tomber cette base à sa valeur réelle.

Chiffres clés

Forfait mobilier, à défaut de vente ou d'inventaire
5 % des autres valeurs de la succession
Délai de vente publique retenue comme base d'évaluation
2 ans après le décès
Délai d'inventaire retenu comme base d'évaluation
5 ans après le décès
Forfait mobilier de la succession Ferrand
22 250 €

Le passif déductible, et ce qui n'entre jamais dans l'actif

Sont déductibles les dettes à la charge du défunt au jour du décès : capital restant dû d'un prêt, impôts non encore acquittés, dernières factures. Les frais funéraires se déduisent également, dans une limite forfaitaire, sans justification du détail des dépenses.

Une chose ne figure pas dans cet actif, et c'est la confusion la plus fréquente : les capitaux d'assurance vie versés à un bénéficiaire désigné. Ils suivent un régime fiscal distinct, avec ses propres abattements, et ne se mélangent pas à l'actif successoral.

L'inverse est vrai aussi : certains biens que les héritiers croient hors succession y entrent, comme les donations consenties par le défunt moins de quinze ans avant son décès. Elles ne sont pas taxées deux fois, mais elles reviennent dans le calcul de l'abattement disponible.

Les erreurs à éviter

  • Oublier les meubles, alors que le forfait de 5 % s'applique d'office quand aucun inventaire n'a été dressé.
  • Retenir la valeur des comptes au jour du règlement de la succession, et non à la date du décès.
  • Appliquer l'abattement personnel avant d'avoir déduit le passif, ce qui taxe une somme jamais reçue.
  • Faire entrer l'assurance vie dans l'actif successoral, alors qu'elle relève d'un régime distinct.
  • Négliger les donations reçues du défunt depuis moins de quinze ans, qui réduisent l'abattement disponible.
  • Croire le forfait mobilier intangible, alors que l'inventaire en la forme prescrite permet d'y échapper.

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