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Le même euro donné ne coûte pas le même impôt

L'explication, dans l'ordre où elle se lit · 18 sections · 808 mots · 5 min

M. Ricard veut donner 30 000 € à son petit-fils, et la même somme au fils de sa voisine, qu'il a vu grandir. Le premier ne paiera rien. Le second devra 17 044 € de droits, soit plus de la moitié. Avant de lire : d'où vient un écart de 17 044 € sur un geste identique ?

Ce que vous saurez faire

  • Retenir l'abattement attaché à chaque lien de parenté avec le donateur.
  • Distinguer le barème en ligne directe de celui applicable entre époux et partenaires de PACS.
  • Situer les taux de 55 % et 60 % qui frappent les liens éloignés ou inexistants.
  • Comprendre pourquoi la donation et la succession partagent le même barème.
  • Chiffrer le coût d'une donation à partir du lien et du montant.

Un abattement par couple donateur-donataire

L'abattement de donation ne s'attache ni au donateur seul, ni au bénéficiaire seul : il s'attache au couple qu'ils forment. Un enfant qui reçoit de son père et de sa mère dispose de deux abattements de 100 000 €, parce qu'il y a deux donateurs distincts.

C'est le premier levier de toute transmission organisée, et il est purement arithmétique. Un couple avec trois enfants dispose de six abattements de 100 000 €, soit 600 000 € transmissibles sans droits, avant même de parler du don familial de sommes d'argent.

Les montants suivent le lien. L'article 779 du code général des impôts pose 100 000 € pour un enfant ou un ascendant. Les textes voisins descendent l'échelle : 31 865 € pour un petit-enfant, 5 310 € pour un arrière-petit-enfant, 80 724 € entre époux ou partenaires de PACS.

Hors de la ligne directe, la chute est brutale : 15 932 € entre frères et sœurs, 7 967 € pour un neveu ou une nièce. Et pour une personne sans lien de parenté, l'abattement de droit commun est de 1 594 € — un montant symbolique face au taux qui suit.

Tableau récapitulatif

Bénéficiaire de la donationAbattementTaux applicable au-delà
Enfant, ascendant100 000 €Barème en ligne directe, 5 % à 45 %
Petit-enfant31 865 €Barème en ligne directe
Arrière-petit-enfant5 310 €Barème en ligne directe
Époux, partenaire de PACS80 724 €Barème propre, 5 % à 45 %
Frère ou sœur15 932 €35 % puis 45 %
Neveu ou nièce7 967 €55 %
Sans lien de parenté1 594 €60 %

Chiffres clés

Abattement pour un enfant
100 000 €
Abattement pour un petit-enfant
31 865 €
Abattement pour un arrière-petit-enfant
5 310 €
Abattement entre époux ou partenaires de PACS
80 724 €

Définition

Abattement de donation — Somme retranchée de la valeur transmise avant application du barème, propre à chaque couple donateur-donataire et renouvelable par période de quinze ans. Il ne réduit pas le taux : il réduit la base sur laquelle ce taux s'applique.

Un abattement supplémentaire de 159 325 € bénéficie au donataire incapable de travailler dans des conditions normales de rentabilité. Il se cumule avec celui du lien de parenté, y compris lorsque ce lien est éloigné : c'est le seul cas où un tiers peut recevoir une somme importante sans droits.

Les taux de 55 % et 60 % méritent d'être regardés en face. Ils ne frappent pas une part marginale mais la quasi-totalité de la somme, l'abattement qui les précède étant dérisoire. Transmettre hors de la famille coûte donc, en pratique, plus de la moitié de ce qu'on transmet.

Deux barèmes différents en ligne directe et entre époux

Passé l'abattement, la donation suit le même barème que la succession — c'est le même article 777 qui les gouverne. Mais entre époux et partenaires de PACS, les tranches basses ne sont pas les mêmes qu'en ligne directe, ce que la plupart des tableaux de vulgarisation omettent.

En ligne directe, la tranche à 15 % s'arrête à 15 932 €. Entre époux, elle s'arrête à 31 865 €, et la tranche à 20 % ne démarre qu'à ce niveau. L'écart est modeste en valeur absolue, mais il fausse tout calcul recopié d'un barème sur l'autre.

Une précision qui a son importance en succession et pas en donation : le conjoint survivant est exonéré de droits de succession, mais il ne l'est pas de droits de donation. Donner à son époux de son vivant a un coût ; lui laisser par décès n'en a aucun.

Les erreurs à éviter

  • Croire l'abattement attaché au bénéficiaire seul, alors qu'il vaut par couple donateur-donataire.
  • Appliquer le barème de la ligne directe à une donation entre époux, dont les tranches basses diffèrent.
  • Supposer le conjoint exonéré en donation parce qu'il l'est en succession.
  • Retenir 60 % pour un neveu, alors que le taux applicable est de 55 %.
  • Oublier que le petit-enfant a son propre abattement de 31 865 €, distinct de celui de son parent.
  • Négliger l'abattement du second parent, alors qu'un enfant dispose d'un abattement par donateur.

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