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Reconnaître la cessation des paiements, et compter les jours

L'explication, dans l'ordre où elle se lit · 23 sections · 875 mots · 5 min

Menuiserie Lasserre doit 180 000 € à ses fournisseurs, échéances dépassées, et dispose de 40 000 € en banque plus 120 000 € de créances clients à quatre mois. Son dirigeant se croit en tension de trésorerie. Il est en cessation des paiements, et un compte à rebours de 45 jours a commencé. Avant de lire : pourquoi les créances à quatre mois ne comptent-elles pas ?

Ce que vous saurez faire

  • Énoncer la définition légale de la cessation des paiements.
  • Distinguer l'actif disponible de l'actif tout court.
  • Situer le délai de déclaration et le tribunal compétent.
  • Mesurer ce que risque un dirigeant qui déclare trop tard.

Une définition en une ligne

L'article L631-1 du code de commerce définit la cessation des paiements sans détour : le débiteur qui se trouve dans l'impossibilité de faire face au passif exigible avec son actif disponible est en cessation des paiements. Deux notions portent toute la règle, et aucune n'est intuitive.

Définition

Actif disponible — Ce dont l'entreprise peut disposer immédiatement pour payer : trésorerie, effets escomptables, découvert autorisé non utilisé. Une créance client à échéance lointaine, un stock, un immeuble n'en font pas partie, si grande que soit leur valeur.

Définition

Passif exigible — L'ensemble des dettes échues, certaines et liquides, que les créanciers peuvent réclamer immédiatement. Une dette à échéance future n'y figure pas, quand bien même l'entreprise sait déjà qu'elle ne pourra pas l'honorer.

La confrontation se fait donc à un instant précis, et non sur une prévision. Une entreprise dont le carnet de commandes est plein peut être en cessation des paiements ; une entreprise structurellement déficitaire mais dont aucune dette n'est échue ne l'est pas encore.

La conséquence pratique surprend souvent. Une entreprise rentable, dont les clients paient à cent vingt jours et les fournisseurs à trente, peut se trouver en cessation des paiements sans avoir jamais perdu d'argent : c'est le décalage des échéances, non le résultat, qui constitue l'état.

C'est aussi pourquoi la définition récompense le suivi plutôt que l'optimisme. Rien n'y dépend de la viabilité de l'entreprise ; tout y dépend de deux listes de chiffres, que le dirigeant détient déjà et dont aucune n'exige un comptable pour être dressée.

L'exception des délais consentis

Le même article ménage une porte. Le débiteur qui établit que les réserves de crédit ou les moratoires dont il dispose de la part de ses créanciers lui permettent de faire face au passif exigible avec son actif disponible n'est pas en cessation des paiements.

Le mot qui compte est « établit ». Un accord verbal avec un fournisseur ne se démontre pas devant un tribunal ; un moratoire écrit et daté, si. La négociation amiable des délais est donc utile, mais seulement si elle laisse une trace.

Une appréciation professionnelle

Le texte précise que la condition s'apprécie, le cas échéant, au regard des seuls éléments d'actif engagés par l'activité professionnelle. Le patrimoine personnel d'un entrepreneur individuel n'entre donc pas dans la balance, quand bien même il serait confortable.

Cette précision protège autant qu'elle contraint. Elle évite qu'un patrimoine privé masque une entreprise à bout de souffle, et elle empêche symétriquement de compter sur ce patrimoine pour repousser la déclaration de quelques mois.

Quarante-cinq jours pour déclarer

Une fois l'état constitué, le dirigeant dispose de quarante-cinq jours pour en faire la déclaration au tribunal. Le tribunal de commerce ou le tribunal des activités économiques est compétent pour une activité commerciale ou artisanale ; le tribunal judiciaire ou le tribunal des activités économiques pour une activité libérale ou agricole.

Chiffres clés

Délai pour déclarer la cessation des paiements
45 jours
Formulaire de déclaration à transmettre au greffe
cerfa n° 10530
Passif exigible de Menuiserie Lasserre
180 000 €
Actif disponible de Menuiserie Lasserre
40 000 €

Le dirigeant qui a volontairement tardé, alors qu'il avait une connaissance suffisante de la situation financière de l'entreprise, s'expose à une interdiction de gérer prononcée par le tribunal. La sanction ne vise pas l'échec, elle vise le silence.

  • Recenser les dettes réellement échues, et non l'ensemble du passif au bilan.
  • Recenser ce qui est mobilisable aujourd'hui : trésorerie, effets escomptables, découvert autorisé non utilisé.
  • Comparer les deux masses à une date, et non sur une prévision d'encaissements.
  • Formaliser par écrit tout moratoire obtenu d'un créancier, faute de quoi il ne s'établit pas.
  • Dater l'état de cessation des paiements : c'est lui qui fait courir les quarante-cinq jours, et c'est le tribunal qui en fixe la date, parfois avant la constatation du dirigeant.

Ce recensement se fait mieux avant la crise que pendant. Le dirigeant qui tient à jour l'échéancier de ses dettes et de ses encaissements voit la date approcher ; celui qui le reconstitue dans l'urgence découvre souvent que le délai a déjà commencé à courir.

Les erreurs à éviter

  • Compter les créances clients à échéance lointaine dans l'actif disponible : seul ce qui est mobilisable aujourd'hui y entre.
  • Attendre d'être certain de l'issue pour déclarer, alors que le délai de quarante-cinq jours court depuis la cessation des paiements elle-même, dont le tribunal fixe la date.
  • S'appuyer sur des délais accordés oralement, que le texte n'admet que si le débiteur les établit.
  • Confondre difficulté durable et cessation des paiements : la seconde se constate à un instant, sur deux masses précises.
  • Compter le patrimoine personnel de l'entrepreneur individuel, que le texte écarte de l'appréciation professionnelle.

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